jeudi 19 janvier 2023

 LUDMILA OULITSKAIA

LA MAISON DE LIALIA

RECUEIL DE NOUVELLES

103 PAGES

EDITIONS FOLIO


Sous les manteaux blancs et vertigineux des hivers russes , se vivent parfois de drôles d'histoires. 

Plus ardentes et enthousiastes que ce mythique climat. Les sangs froids se réchauffent et on y trouve parfois des coeurs et des corps pas encore tout à fait éteints. Des vies suspendues par l'écroulement du temps et qui se balancent dangereusement entre espoir incorrigible et optimisme irréductible. Des envies d'ivresse qu'on fait souvent patienter autour d'un thé brûlant et impérial avant de vaciller dans une volupté libératrice sous les lumières bleutées des débuts de soirées. Conjurer le désenchantement et la frénésie de vivre encore dans l'ambiance feutrée de ces maisons aux briques rouges, un huis-clos interdit, un aparté à la misère et à la morosité de la vie moscovite de l'après-guerre. L'essentiel, c'est l'atmosphère..

Et puis rien n'est jamais tragique finalement, rien n'est jamais fini..

Je vous parle aujourd'hui , d'une auteure russe que je découvre Ludmila Oulitskaia. J'aime bien le format nouvelle pour partir à la rencontre d'auteurs inconnus . Il permet une première impression assez exhaustive sur le style et l'univers imaginaire. Ludmila Oulitskaia est née dans l'Oural en 1943, elle est mariée au sculpteur Andrei Krassouline , elle a écrit de nombreuses pièces de théâtre et scénarios de films avant de se consacrer entièrement à la littérature. En 1993, paraît en France , son premier recueil de nouvelles "Les pauvres parents" d'où sont extraites les trois nouvelles que je vais vous présenter.

Des nouvelles teintées de tendresse, de sensualité, de sensibilité palpable dédiées aux faiblesses humaines , un regard sans jugement de valeurs sur les êtres, un regard juste et lucide sur la société russe contemporaine. On dit d'elle qu'elle est la digne héritière de Tchékov. Chaque nouvelle est charnelle , je dirai , une invitation à exorciser le temps qui passe dans la fusion d'un corps à corps.

Chaque nouvelle a aussi une chute insolite, inattendue qui peut laisser perplexe et que l'on aime ou pas.

La plume observe tendrement les turbulences de l'âme humaine dans un style accessible aux accents un peu poétiques parfois. Les nouvelles sont bien synthétisées, pas de longueurs lassantes ou inutiles.

Peut-être parfois la lecture à une tournure un peu rébarbative, j'ai un peu décroché pour la seconde nouvelle, j'ai davantage apprécié les deux autres.

Je vous résume de façon succinte ces trois histoires. Il faut savoir que ce sont trois portraits de femmes au crépuscule de leur jeunesse mais toujours animées par cette fébrilité charnelle et cet acharnement à ne rien céder au temps qui file.

- La maison de Lialia

Lialia est professeure de français, mariée à un homme taciturne , elle a deux enfants mais surtout elle est éprise de liberté, elle n'a aucun tabou et revendique une sexualité libre.. Un jour, un ami de son fils tombe malade, elle part le visiter . S'en suivra une relation charnelle puissante et vitale pour Lialia juqu'au jour où..

-Une vie longue, si longue

Nathalie est divorcée , sans enfant et n' a d'amour que pour ses parents, toute sa vie bascule lorsqu'ils disparaissent. Un peu recluse de la société et de ce qui l'entoure , elle va par hasard lors d'une veillée mortuaire  rencontrer Ivan , une relation qui tournera à l'addiction , elle va l'attendre tout le temps, elle n'exultera que par lui.

-Goulia

Goulia est une vieille femme belle et et un peu excentrique qui a connu la prison sous Staline. Cela ne l'a pas déstabilisé pour autant , elle conserve cet intérêt indémodable pour la vie et l'amour. Elle aime les états d'ivresse , elle vit chaque instant de façon démesurée et enjoué . Pleine d'humour et d'imagination, elle va même jusqu'à simuler un malaise pour mettre dans son lit, l'homme qu'elle toise depuis un certain temps..

Des personnages touchants , originaux , une toile de vie tissée de drames , d'illusions , d'absurde aussi. 

 La solitude, le vieillissement, le deuil tout est abordé de façon décalée , joyeuse ou tragique , une lecture brutale en émotions , on chavire un peu dans tout les extrêmes! Les montagnes russes émotionnelles!

Une lecture agréable , originale sans être un coup de coeur.












mercredi 11 janvier 2023

 GEORGES RODENBACH

BRUGES-LA-MORTE

EDITIONS FOLIO

113 PAGES


Une procession de magnificences. 

C'est un peu la représentation que convoque mon imaginaire dans ce court roman au style inoubliable, démesurément original et à l'aura somptueusement poétique. Le temps d'une centaine de pages, je me suis perdue dans Bruges , j'ai d'ailleurs plus que flirter avec cette mélancolie voluptueuse et exacerbée décrite et voulue par l'auteur. Le manque, l'acharnement de l'amour, la solitude et les illusions sont les encensoirs de cette histoire. Une puissance ivre et envahissante s'insinue dans chaque ligne , des vibrations diffuses , une exaspération des sens font carillonner cette lecture . Une lecture "impulsion" selon moi.

Les mystères, les symboles, la grisaille des états d'âme , étrange et profond vertige de ce qui n'est plus. Tout s'accorde sur le blanc des pages , dans la monotonie d'un récit à faire revivre l'amour, "la morte".

Georges Rodenbach est un romancier , poète belge de la fin du dix-neuvième siècle. Mort jeune, à quarante trois ans il occupe une place incontestable dans le symbolisme international avec ses recueils de poésie et ce célèbre roman Bruges-La -Morte. Il se liera d'amitié avec Stéphane Mallarmé , Edmond de Goncourt ou encore Alphonse Daudet. 

Mais revenons à l'histoire..

Hugues est un veuf inconsolable. Exilé à Bruges , il traine sa déveine et sa mélancolie dans cette ville aux mille canaux. Un processus de deuil éternisé dans lequel il trouve une étrange jouissance. Seules la grisaille et les balades vespérales ont raison de son âme. Les jours passent dans cette immobilité presque sereine. Peut-être moins veuf de sa chère épouse que de l'amour lui -même. Un soir de brume, lors d'une énième marche mélancolique, son regard tombe sur une femme qui ressemble trait pour trait à sa défunte épouse . Econduit et transi , amoureux fou , Hugues va alors sombrer . Une obsession qui le conduira au glas des illusions. Un travail de persuasion qu'il va s'efforcer de vivre et de faire revivre, dans un déni total du réel. 

Un mirage, une parenthèse terrible, l'inspiration de la ressemblance , la confusion des sens, une dévotion religieuse en mémoire de fond. Ce roman est un véritable bijou tant par son style que par l'acheminement et la profondeur de son histoire. Première découverte et premier coup de coeur de l'année.

" D 'émoi, son coeur s'était presque arrêté , comme s'il allait mourir; son sang lui avait chanté aux oreilles , des mousseline blanches , des voiles de noce , des cortèges de Communiantes avaient brouillés ses yeux. Puis toute proche et noire , la tâche de la silhouette qui allait passer contre lui. Ah, ce regard qu'il n'avait jamais cru revoir, qu'il imaginait délayé dans la terre , il le sentait maintenant sur lui , posé et doux , refleuri, caressant."








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