lundi 9 mai 2022

 ALEXANDRE PAGE

MANGAZEIA

Roman poétique, historique

200 pages

Autoédition


"Le temps brise et disperse la réalité , ce qui reste devient mythe et légende;"

Nutto Revelli, écrivain italien

Conquérir et ressusciter la splendide et oubliée "Mangazeia" ne pouvait se faire que de vers...de poésie au rythme sonnant, aux accents flambants , aux sonorités éconduites par une grande sensibilité.

Envoutante alliance de l'historique, du mythique et du soupçon éminent du mystique , "la bouillante d'or" comme elle fût nommée renait de ses cendres sous l'étreinte brutale et délicate de la plume enchanteresse de son auteur, Alexandre Page. Opulente, distinguée, coulante de richesses , Mangazeia fut une colonie marchande de Sibérie, puis une ville. Elle ne comptait que très peu d'habitants , son axe commercial fût interdit en 1619 sous peine de mort car l'état ne pouvait y percevoir de taxes . Elle perdura un demi-siècle encore avant de voir ses heures de gloire sombrer dans une fin apocalyptique , elle flamba dans un terrible incendie en 1662. On dira même que ce fût le courroux du ciel..

Son emplacement , son histoire tombèrent dans l'oubli absolu. 

Un roman en vers, il fallait le faire!

C'est tout d'abord une prouesse à saluer autant par son intention que par la qualité  de ce genre littéraire si peu exploité. La poésie dit toujours ce qu'elle a à dire!

Une lecture ensorcelante et captivante, je dirai..

Une prose aguerrie de tous les tons poétiques , des sonorités drainées par les instants de lumière et de tragédies . Une composition de rimes inépuisable , un flux presque indomptable de vocabulaire exigent. Des inflexions salutaires en intonations musicales et une pléiade d'images offerte à notre imaginaire. Les chapitres sont des chants sacrés où Mangazeia se raconte , où elle jubile et agonise , où elle puise dans les profondeurs du temps pour nous conter son éternité. L'histoire et les mots ont un pouvoir de vérité . Un style métaphorique , un univers posé au bord des yeux , une réflexion aussi..

Une poésie qui éveille la vision , qui est insurrection et émotion. 

Moi, j'ai suivi l'itinéraire de ce cri , du chant intérieur de Mangazeia..

Un roman poétique où le talent est complet..

EXTRAIT

"Il est jeune encore , mais paraît plus vieux.

Dans ses beaux yeux de lapis-lazuli,

La fatigue et la grâce de l'homme pieu.

Tous le surnomment batiouchka  Vassily

Quelle étrange idée , pensent les cosaques ,

Que son voyage jusqu'à Mangazeia,

Car là-bas les gens ne fêtent plus la Pâque;

Il n'y a de Chrétiens que de parias.

La glorieuse cité bouillante d'or 

N'honore plus ni son Dieu  ni ses saints 

Comme une nouvelle Sodome et Gomorrhe 

Son église ne sonne plus le tocsin

La volonté d'un homme pourrait-elle 

La porter à nouveau entre les murs ,

La rendre au coeur de Mangazeia la rebelle,

Et des âmes paiennes fendre l'armure?







dimanche 17 avril 2022

 FRANCOISE SAGAN

AVEC MON MEILLEUR SOUVENIR

ESSAI, RECUEIL DE SOUVENIRS

150 PAGES

Le mythe "Sagan" , cet ouragan, cette insolente élégance, cette solitude lumineuse , cette puissante et fragile arrogance , cette timidité audacieuse, cette émouvante dérision quand la souffrance se fait trop lente, trop forte. Celle qu'on a souvent malmenée , accusée d' auteure bourgeoise à l'esprit étriqué , celle qui ne supportait pas les scandales nous livre avec un naturel déconcertant ce qu'elle a connu de meilleur.

Dans ce court essai , les plus beaux extraits d'une dévorante obsession de vivre et d'aimer. 

Sa passion fiévreuse pour le jeu et les casinos, le théâtre avec ses succès et ses fours, ses lectures , Rimbaud , Gide , Camus et Proust. Sa lettre d'amour à Jean-Paul Sartre, ses rencontres avec Tennessee Williams, Orson Welles, Billie Holiday , le célèbre danseur Rudolf Noureev 

Sa maison en Normandie, Saint -Tropez et la vitesse..

Un vrombissement de moteur, les cheveux au vent , elle défie temps et banalités. Un pied de -nez à l'au-delà , une extase viscérale, des éclairs plein les yeux, toujours et tout le temps.. 

" La vitesse, elle aplatit les platanes le long des routes , elle allonge et distord les lettres lumineuses des postes à essence , la nuit.. elle décoiffe les chagrins.."

.Une vie à cent à l'heure , sans limitations , sans signalisations.. Le vertige du danger , la course folle et inépuisable à la recherche de l'intensité absolue de tout . Ultime pare-brise aux angoisses, aux vides qui ne cessent de monter en elle. Un recueil de ses souvenirs les plus chers , les écrire avec générosité et sincérité pour empêcher qu'ils ne fanent au premier soleil de l'oubli. Ne pas les abîmer, ne pas les travestir, les garder à l'ombre de soi aussi légers et proches qu'un soupir. Le plaisir, le pire, le plus beau , tout ce qui s'inscrit et se capture dans le déroulé d'une vie. Dans un présent troublé où il n'y a plus rien de défini. 

L'inoubliable qui vibre à toute allure sous la plume raffinée , fluide , frappée et puissante de Françoise Sagan. 

Imprégnée de ses tumultes , créatrice de sens , l'encre coagulé de son spleen emprunte toutes les couleurs de ses chaos , de ses apothéoses. Le tendre foyer de l'immortelle étincelle, le cruel duel du vécu et de l'illusion ..

Sur le fil du plaisir, en haute voltige , vivre joueuse , oublieuse jusqu'à la lie..


PASSAGES

"Ce n'est pas que ce soit si important , le soleil est là dans la paume de ma main et je tends machinalement cette paume vers lui mais sans la refermer . Pas plus qu'on ne doit essayer de garder le temps et l'amour , on ne doit tenter de garder ni le soleil, ni la vie."

" Vingt fois hypothéquée , deux fois presque vendue , lieu de travail pour mes amis travailleurs , refuge pour mes amis amoureux , cette maison vaut aujourd'hui huit milliards de souvenirs."






samedi 2 avril 2022

 APOLLONIE SBRAGIA

LA DERNIERE MORSURE

POLAR

247 PAGES

AUTOEDITION


Chers lecteurs, je vous présente aujourd'hui ma seconde lecture du quatuor finaliste du prix des chroniqueurs AE. Il s'agit d'un polar , autant dire que je n'en lis que très peu , mon esprit critique n'en est guère aguerri. Un puzzle noir, noir au dehors, noir au dedans, une histoire à désespérer l'espoir. Un couvercle sur l'âme humaine , une souffrance béante qui ne peut plus poser ses yeux sur rien. Terrible trou noir , cave obscure,  vertiges assourdissants d'une descente aux enfers. Secousses de violence portées par des scènes lugubres qui dérèglent votre cerveau . Perceptions irrationnelles , visions nocturnes , émotions taillées au scalpel , course folle des années incinérées , d'un soleil enseveli, d'un ciel renversé .

"La dernière morsure" est le premier roman d'Apollonie Sbragia , et je dois avouer que pour un coup d'essai ce fût un coup de maître. Elle nous entraîne dans l'univers d'une mémoire cryptée, aux confins de la folie où les larmes sont de sang , où les chairs tremblent agonisantes sous la noirceur saturée de quelques âmes perverses et psychosées. Délire, démence , hystérie , tout est servi à déraison et au premier degré.

Essorée je fus par cette lecture! La plume de l'auteure a su activer l'angoisse profonde , l'esprit d'analyse , et des mécanismes d'hypervigilance. 

L'HISTOIRE

Un jeune garçon est assassiné, son corps est retrouvé dans d'étranges circonstances , mutilé et démembré.

C'est une affaire pour Alex et son acolyte Giancarlo mais aussi pour Malik , la dernière recrue. 

Une nouvelle disparition d'enfant , le compte à rebours est lancé pour retrouver au plus vite la jeune fille. Alex , précédemment traumatisée , hantée par une histoire dont elle ne peut revenir elle  va alors vivre les heures les plus terrifiantes de sa vie , l'enquête va alors se juxtaposer à ce passé qu'elle peine à exorciser et pour quelle finalité..

Un polar huilé de terreur, une immersion totale et épouvantable dans une intrigue qui ne laisse aucun répit . Dans ce carnage humain , les psychologies remontent en surface et vont verrouiller une à une toutes nos fragiles tentatives de percevoir la vérité. On est là, épuisés, vidés, proies impuissantes d'une réalité où la vie peine à circuler. On bascule dans la trappe infernale de l'horreur absolue.

Un polar palpitant, une plume déstabilisante . Une intrigue suffocante, troublante et soutenue. 

Des personnages agissants , des psychologies étudiées et développées surtout pour la protagoniste principale Alex, remarquablement réaliste , sous la sensibilité et la gravité de la plume de l'auteure.

Concernant les autres protagonistes on est moins dans la précision, c'est légèrement survolé..

La plume de l'auteure nous offre un visuel quasi constant des scènes , ce roman serait digne d'une adaptation cinématographique. Un terrible engrenage que cette histoire!

Une finalité en bouton d'extinction., une tension qui propulse..

Comment l'esprit humain est parfois sans limites , comment il archive l'insondable , comment il peut être paradoxal devant la brutalité de certains événements 

Pour la novice que je suis dans ce genre littéraire, je dois dire que j'ai lu ce roman d'une traite , suspendue par l'originalité et le suspens infaillible de l'histoire. A noter que le titre et la couverture sont autant d'éléments intrigants et accrocheurs.

Il mérite bien sa place dans le carré final, mais âmes sensibles s'abstenir..


PASSAGE

"Tu m'appartiens désormais et pour toujours . Cette marque est mon sceau , lui annonça t-il froidement du sang rouge dégoulinant de sa bouche . Alex bondit du lit en hurlant à la mort et se jeta à quatre pattes dans le coin de sa chambre où elle se recroquevilla . Elle se mit à gratter désespérément le mur pour s'échapper de la pièce. Mais elle avait beau gratter , elle n'y arrivait pas . Elle gratta frénétiquement , gratta encore..."










jeudi 24 mars 2022

 JULIE JEAN-BAPTISTE

CAPTIVE

THRILLER PSYCHOLOGIQUE SF

186 PAGES

AUTOEDITION


Chers lecteurs, je vous présente aujourd'hui une des lectures finalistes du prix des chroniqueurs AE que j'ai le plaisir de représenter en qualité de jury avec d'autres chroniqueuses.

Il s'agit  du tome 1 de Julie Jean-Baptiste , " Captive". Pour commencer , je souhaiterais dire que je ne suis pas très favorable à la présentation d'une oeuvre  à plusieurs tomes ou d'une saga dans un prix littéraire 

On demeure dans une expectative prudente , l'attente d'une suite , d'un dénouement  en forme de probabilités et d'espoirs qui porte atteinte au plein ressenti de la présente lecture. Il est important dans un prix de pouvoir prendre en considération chaque pan de l'histoire ainsi que sa chute. Des éléments d'ensemble qui permettent une analyse complète de l'oeuvre. Enfin, ceci est tout à fait personnel.

Cette lecture enrage ou domestique, captive ou épuise , et à mon grand regret , c'est assez épuisée et quelque peu blasée que j'ai achevé cette lecture. J'avoue que j'avais été très intriguée et enthousiasmée par le synopsis, la couverture et le titre. J' ai fermement cru que j'allais sombrer dans la noirceur et les affres de l'âme humaine. Mais il n'en fût rien . J'ai parcouru cette lecture avec pour seule béquille , l'envie de connaitre la suite, et la belle aptitude de l'auteure à nous tenir en haleine avec son oppressante et obsédante ambiance de fond. Le genre thriller est assez bien respecté , en revanche le "psychologique" est survolé , fondu , sans consistance, peut-être aussi parce que c'est un premier tome et que tout n'est pas encore à notre portée..

Je me suis faufilée dans un huis-clos de situations un peu trop multiples pour être claires , un mystère beaucoup trop entretenu , une violence déroutante et une intrigue introuvable. Un univers assez rébarbatif, avec des scènes trop répétitives ne présentant pas d'intérêt réel. 


L'HISTOIRE

"Elle" n'a pas de prénom , elle vit juste au rythme d'une routine effrénée , tout est scrupuleusement organisé , rangé sans aucune possibilité de fuite en avant. Elle ne sait plus qui elle est , elle est retenue depuis deux hivers dans ce grand et glacial appartement où seul son bourreau met les pieds ..

Un bourreau, un équilibre, un proche, elle a en lui une confiance ininterprétable , comme si lui seul pouvait savoir ce qui lui fallait pour rester en vie. Un puissant et étrange lien les unit , comme si ils avaient une intimité en commun. Un lien sensuel tout en retenue, ce besoin impérieux de la protéger, de la préserver. Mais de quoi? De qui?  Leur quotidien est composé de colère, de violences , de gestes de douceur , une tendre torpeur, quelque chose d'inarrêtable et de sans retour. 

Elle entend parfois des voix mais elle ne sait pas encore pourquoi.. 

Il sait qu'il peut la perdre mais il sait exactement comment la retenir. Un manège d'enfer , un casse tête, un échafaudage vers la vérité se profile peu à peu..

Je ne vous en dévoilerai pas davantage ..

 

 Un ressenti en demi-teinte me concernant malgré une plume rythmée et des intrigues assez délocalisées , une vraie curiosité s'installe au fur et à mesure de la lecture , le seul souci c'est qu'elle n'est absolument jamais satisfaite. J' ai eu l'impression que la captive , c'était moi!

Prisonnière d'une histoire où j'ai tourné en rond comme notre protagoniste. Pourtant , l'idée de fond est tout à fait bien imaginée mais ce manque de clarté a fini par me lasser . Des personnages en second plan dont on ne sait rien , un jeu de pouvoir malsain , une absence de conscience en permanence .

Une histoire que j'ai bien eu du mal à croire, à imaginer ou à projeter..

Assez abracadabrante et trop fouillis pour moi.

Mais si vous aimez les ambiances hermétiques, sombres et vaporeuses , sans aucune autre solution , ceci est pour vous..

J' ai néanmoins aimé le côté addictif que procure ce roman et aussi l'épilogue qui annonce l'ouverture du prochain tome..


PASSAGE

"Soudain, mon reflet se divise en plusieurs autres qui rient en coeur . J' examine chacun de ces reflets . Ces personnalités sont indépendantes de moi- même . J'ai beau me répéter que ce n'est qu'une illusion ,je me sens proche de chacune d'elle . Je desserre les liens qui me retiennent . Mes mains glissent facilement et je me penche en avant pour détacher mes pieds  Ma tête tourne , j'ai des sueurs froides .Je vis un cauchemar éveillé dans les limbes d'un esprit qui n'est pas le mien."



 


lundi 14 mars 2022

 FLORENCE TASSONI

LA CLAIRE OBSCURE

THRILLER PSYCHOLOGIQUE

252 PAGES

AUTOEDITION


L'ascendance fait parfois circuler les mêmes prédispositions aussi inconscientes qu'assassines..

Les mêmes maux reproduits en une glaçante impuissance , une frénésie incontrôlable , un patrimoine de souffrance , une transmissibilité aux aveux de condamnation , une perpétuité en apesanteur. Entre le moi observant et le moi expérimentant. Certains héritages violent l'innocence , l'évolution se vit alors dans une réalité occultée par les secrets , les mensonges , les mots imprononçables quand ce n'est pas de l'horreur absolue. Un enfer indescriptible que de  répéter en une imbuvable satiété le pire sans aucune compréhension de soi. Cette noirceur , ces fractions de folie, cette fureur intérieure , cette crasse du passé, ces ombres indétrônables qui découpent et déchirent ce ciel cousu de mensonges . Des matrices complices les entrailles qui braillent , victimes et monstres à la fois quand les distances intérieures s'écroulent dans une désespérance sans fond. Certaine âmes avancent rongées par les ténèbres, pour chasser la noirceur il faudrait trouver la lumière, et pour trouver la lumière il faudra inexorablement rechercher cette noirceur dans ce brouillon de vie . Ultime compromis!

Chers lecteurs , je vous emmène dans l'univers psychologique du dernier roman de Florence Tassoni.

Auteure dont je découvre la plume par ce biais. "La claire obscure" est son troisième roman après:

D'une âme à une autre" et "La Promesse de l'Archipel"

Je ne vais pas vous faire languir davantage en vous avouant que c'est un un véritable coup de coeur tant par l'histoire que par le style de cette auteure.

Un combinaison de sensations inexplicables m'envahit dès les premières lignes de lecture. Une puissance , une singularité de plume mêlées à l'invraisemblable d'une histoire. Stupéfaction, désillusions , projection , préparation de la lucidité qui précède le pire. Je suis restée plantée là , interdite, émerveillée par le contraste de deux univers. 

L'HISTOIRE

Anna est une rescapée de la vie, elle revient du fin fond de l'horreur, il ne lui reste plus rien ..

Si , elle vient de sortir de prison , une pseudo liberté chèrement payée. Déterminée à rectifier les tirs, elle va alors aller d'aléas en drames, à la poursuite du silence, de la haine , des humiliations , de cette vérité qu'elle va déterrer et de tout ce qu'elle va alors engendrer. Anna est devenue un petit animal sauvage, fragile, impulsif , s'exprimant que par le déchainement de sa sexualité ou l'envie démesurée et inconsciente de faire mal .Que faudra t-il vivre pour retrouver un semblant d'existence et d'humanité?

Est -elle condamnée à perpétrer le malheur?

Quels secrets dorment dans sa mémoire, quels signaux refoulés vont surgir?

Quelle puissance d'amour recèle t-elle?


Un thriller psychologique époustouflant, bouleversant. Des personnages hors-normes, des intrigues qui s'enchainent en cohérence , on vacille entre la noirceur et la lumières rasante de l'âme humaine.

Des dialogues percutants , l'auteur a su mettre en exergue toutes les instabilités des protagonistes , 

Un rythme obnubilant , tout est admirablement orchestré pour altérer nos jugements, nos certitudes , nos bouches peines de verdicts.

J'ai également bien apprécié les rétrospectives dans le passé , sessions intimes dans la vie d'Anna qui nous permettent de nous imprégner totalement de ses événements. On prend tout de plein fouet!

Une fin inattendue , qui tombe tel un couperet, telle une sentence..

Je dois vous avouer que ce roman m'a bien secouée!

J' y ai pensé encore te encore ..

PASSAGE

"Existe-t-il une seule façon de vivre ? Ma vie à moi n'emprunte pas les schémas classiques , elle respire en biais , se meut en quinconce. J'en connais le but mais en ignore le sens. Plus tard, on verra ça plus tard. 










mercredi 2 mars 2022

 NANCY MITFORD

HIGHLAND FLING

EDITIONS 10/18

237 PAGES



"Better late than never" ( mieux vaut tard que jamais) , ce proverbe anglais n'est pas toujours de bonne augure!

Le tea-time est mal passé, mon thé n'était pas sucré, mon nuage de lait manquait, les scones ont oublié de gonfler et ma cuillère bien trop dorée pour ma main désargentée! J'étais engoncée entre une poignée d'invités qui brassaient de l'air, superficiels et faussement aristocratiques. J'ai grincé des dents et afficher de moqueurs sourires pour donner une contenance à ces instants insignifiants. L'herbe fraîche et brillante des highlands n'étaient finalement pas plus verte qu'ailleurs. Mais que diable suis-je venue faire dans cette galère? Moi , l'amoureuse transie de la littérature britannique , j'ai pris un revers fantastique!

Enfin, une fois n'est pas coutume.. 

Je découvre la romancière britannique et aristocrate Nancy Mitford , née à Londres en 1904 et décédée à Versailles en 1973. Elle arrive en France en 1946 , elle sera célèbre pour ses oeuvres littéraires mais aussi sa prépondérance dans la vie mondaine et les salons parisiens au cours de l'entre-deux -guerres. 

"Highland Fling " est son premier roman paru en 1931, une prose acide décrivant l'univers cupide et surrané des coutumes et us de la noblesse aristocratique. L'oisiveté, un monde régi par l'apparence , le faste des jours qui s'écoulent dans l'indécence et l'ignorance des esprits ennuyeux et ennuyants de l'époque. Univers caustique et ironique , dialogues sans profondeur, l'auteur dresse des portraits divers et variés de tout ce que l'on pouvait trouver dans la société britannique. 

Malheureusement, je n'ai pas ri de ses subtilités, j'ai tourné en rond dans cette garden party , même pas un peu de vertige en prime avec l'amourette insipide de nos deux protagonistes. 

Very boring!

Je me suis ennuyée , j'ai attendu un déclic qui n'est jamais venu et achever cette lecture n'a pas été fort aise! L'histoire est disloquée, le récit sans relief, le système de pensées très peu analysé, il ne s'y passe absolument rien . Mais peut-être que l'auteur l'a voulu ainsi, retranscription fidèle de l'époque.

L'HISTOIRE

Un jeune couple sans le sou Walter et Sally sont missionnés par la tante de cette dernière afin d'organiser une garden party dans un château écossais. Parties de chasse, repas gargantuesques et interminables , ambiance frivole et désinvolte , tout est réuni pour tuer l'ennui et briller en société.

Parmi les invités , Jane une jeune aristocrate à l'émotionnel impulsif et Albert Gates un peintre surréaliste qui va venir troubler les festivités..

Un humour décalé auquel je n'ai pas adhéré, snobisme, préoccupations futiles , la seule chose qui a réussi à m' arracher un sourire , c'est la façon d'économiser de ces bourgeois..

Vous l'avez compris, un roman qui ne m'a pas séduite du tout , néanmoins je pense en lire un autre dans un avenir proche afin de vérifier ces ressentis peut-être seulement dus au sujet.







lundi 28 février 2022

 

David Foenkinos

La délicatesse

Editions Folio

210 PAGES


"Aussi discret qu'un point virgule dans un roman de huit-cents pages."

C'est peut-être ça la délicatesse.. le détail qui bouleverse tout, qui embellit et pose sa propre couleur.

Une sagacité de la perception, un enchevêtrement de quelques mots, d'une pensée qui rive et s'échoue sur des âmes inattendues , un je ne sais quoi qui nous fait sursauter, comme un battement de coeur raté..

La délicatesse, ce beau ton, cette façon qui blesse la maladresse , cette finesse de tout et dans tout.

A t-elle un langage universel? Est-elle unique pour chacun d'entre nous? Est-elle interprétable, descriptible? Je n'en suis pas certaine, et je dirai même que c'est mieux, les choses qu'on laisse à leur propre signification. L'éloquence, l'élégance d'une parole , d'un geste mais bien plus encore, une sensibilité venue de nul part, merveilleuse et vibrante qui se poserait délicatement, bien sûr , sur nos suppliques muettes . Un don troublant , un ornement verbal  que posséderaient certains êtres , le fin velouté du demi-mot. Un abat jour à la pénombre , à la rudesse. Que sais- je? Une écoute profonde et instinctive face à l'instant, un arôme de vie. Flopée de sensations, pour le roman que je vous présente aujourd'hui, "La délicatesse" de David Foenkinos. 

Un auteur qui m'a conquise depuis quelques années déjà. "Charlotte", "Je vais mieux", "Le mystère d'Henri Pick" et "Vers la beauté" ont célébrés définitivement mon addiction à ce style original, légèrement décalé et très imagé . "La délicatesse" est un roman moderne, aux accents parfois poétiques et insolites. Le deuil, l'amour, la résilience en sont les thèmes forts. C'est le huitième roman de l'auteur, il a obtenu de nombreux prix et a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2011, réalisé par lui même et son frère. 

L'HISTOIRE

Nathalie rencontre François dans la rue, banalité absolue d'une scène d'approche prévisible. 

"Une entrée en matière absolument classique qui détermine souvent le début des choses qui le sont moins , par la suite."

Nathalie a l'étrange paradoxe de la rêverie et du pragmatisme. Très vite, un amour fort, serein, stable les amènent au mariage. Il y a aussi Charles qui l'a employé sur simple photo de son cv, oui mais non..ce sera sans appel.. Puis le drame, François victime d'un accident meurt brutalement. Dévastée, Nathalie renonce à la vie, se cloître au travail et refuse toute forme d'investissement émotionnel ou pire.. 

Et puis un jour, elle a un geste insensé , spontané, qui va changer le cours des choses..il s'appelle Markus et je ne vous en dirai pas plus!

"Elle était maintenant collée contre lui. Son émotion était si forte que ses mouvements ralentirent. Une lenteur qui prenait presque la forme d'un recul. Il se laissait grignoter par l'immense appréhension , devenait brouillon . Elle aima ces instants où il était maladroit , où il hésitait .Elle comprenait qu'elle avait voulu cela plus que tout , retrouver les hommes par un homme qui ne soit pas forcément un habitué des femmes."


Un roman débordant d'émotions assez inédites, pudeur, fraîcheur, beauté des sentiments, pics atypiques d'émerveillements , une oeuvre pleine de délicatesse..






 ALEXANDRE PAGE MANGAZEIA Roman poétique, historique 200 pages Autoédition "Le temps brise et disperse la réalité , ce qui reste devien...