mercredi 19 avril 2023

 CLAUDIE GALLAY

LES DEFERLANTES

544 PAGES

EDITIONS J'AI LU


Je suis restée là.. le livre entre les mains. Bouleversée, le coeur en naufrage , mélange d'une douleur joyeuse et d'un bonheur étrange , presque pudique, presque inexprimable. J' ai posé mes doigts , une dernière fois , sur cette couverture bleue, sur ce phare qui s'éteignait encore une fois et pour toujours.

"Les déferlantes" avaient soudainement soulevé quelque chose de moi , je ne saurais trop dire quoi, comme un mal de mer. C'était comme ça, peut-être l'enfoui , qui lui ne sera jamais rendu par la mer.

J'ai chaviré dès les premières lignes. J'ai été jeté à coups de phrases courtes , parfois non verbales dans un coin du Cotentin , la Hague, là où tout commence, là où tout fini. Sur  cette pointe du monde . je me suis aventurée dans l'estuaire des croyances oubliées , une percée dans les superstitions , les traditions sur les terres de Prévert. Notre histoire, nos mémoires sont-elles des torches à longs faisceaux d'éternité?

Sommes nous ce qui revient? Le temps des souvenirs qui détruisent ou illuminent.,  les tempêtes qui décoiffent les chagrins.

Ce livre m'a été conseillé, je ne connaissais pas du tout l'auteure. Elle fait désormais partie de ma vie de lectrice. Ce style singulier emprunt de mystère m' a totalement charmée. C'est un véritable coup de coeur!

Oui l'intrigue est vraiment minimaliste, le récit est très lent mais il y a une telle verve nostalgique que c'est tout à fait captivant. Une osmose entre le passé et le présent où joies menues et et ferventes mélancolies claudiquent dans la longueur des jours qui se ressemblent et s'étendent à n'en plus finir. Pourtant je n'ai ressenti aucun ennui bien au contraire.  Quelques personnages au destin brisé , à l'avenir incertain et tourmenté. Un passé qu'on voudrait étrangler mais qui revient de façon inattendue à la charge. Une narratrice dépourvue de prénom , qui se raconte, qui les raconte, on ne sait pas grand chose d'elle mais elle envahit l'histoire de ses histoires. 


L'HISTOIRE

"Elle" c'est une femme qui a perdu un être cher et qui tente d'apaiser son chagrin en venant s'installer à la Hague. Le calme, le paysage , cette poignée d'habitants qui l'entourent vont alors de leurs secrets , réveiller sa vie. Elle est ornithologue, elle observe sur les jetées l'envol des oiseaux migrateurs. Un peu comme elle.. Et puis il y a Lambert , cet homme énigmatique et séduisant fraîchement débarqué de nul part, qu'elle rencontre ce jour de tempête noire. Il y aussi Théo , l'homme taiseux, Morgane la fille un peu excentrique qui fait valser les coeurs, Raphael le sculpteur de génie, la vieille mère inconsolable , Nan la rivale et Max. J'oubliais Lili qui tient un petit bistrot chaleureux , lieu de toutes les joies et de tous les drames. Ensemble ils vont vivre au gré des tempêtes, ils vont apprendre à se connaître , ils vont aussi réparer le passé et peut-être s' aimer un peu..


"Le vent ne siffle que lorsqu'il rencontre quelque chose. Un obstacle. Il ne siffle jamais sur la mer. L'espace le laisse silencieux."


"J'ai pensé à toi, je te perdais . Ou tu t'éloignais . Ou c'était moi. Il n'y avait pas si longtemps , je posais ma main sur ton épaule. Ta chaleur . En fermant les yeux , sans faire d'efforts je pouvais encore me blottir tout contre toi. Le temps faisait son massacre . Insidieusement . Déjà , je ne pleurais plus."







mercredi 5 avril 2023

 ANGELO CASILLI

LE SERMENT

Les serments sont faits pour être tenus

THRILLER

AUTOEDITION

291 PAGES


On ne sait pas faire grand chose avec la violence. Par quel bout la prendre. On essaie de comprendre autant dire que c'est comme le soir qui tombe, on y peut rien. On essaie aussi de faire remonter tout le noir de notre âme jusqu'à la vomir pour voir comment ça fait ou pas, je ne sais pas , on tente quelque chose . 

Certains savent pourtant, faisant ainsi de la violence un aspect indéniable de l'humanité. Souffrance muette, lâcheté écoeurante, traumatisme arrachant autant d'indices pour peu d'explications finalement.

Parfois il faut aller jusqu'au bout, comme une urgence qui plombe tout l'espace, se tirer dessus pour tirer sur sa propre violence, et puis celle du temps aussi.. Parfois, une sorte d'article de foi qu'on appelle serment vient se coller comme une glue sanglante sur cette violence qui sait si bien garder ses secrets.

Certains pensent que c'est du vent , d'autres en feraient presqu'un devoir de mémoire.

Un serment un peu comme un intermédiaire entre la réalité et l'impensable, vous voyez?

Parfois les serments on les retourne contre nous-mêmes..

Mais peut-être que ceux qui gardent leurs serments arrivent toujours à leur but. C'est bien le cas ici, un serment dans le noeud  d'un foulard. Un foulard que l'on enroule et qui se noue de toute ses forces autour d'un cou jugé coupable , parce qu'en serrant si fort , on a moins mal à l'intérieur de soi.

Petit avant goût du troisième thriller d'Angelo Casilli . Il faut savoir que cet opus est un un préquel à son premier thriller" Le tueur invisible" paru en 2017. "Le Serment" est " né de l'impulsion des lectrices et lecteurs " qui souhaitaient un nouveau volet des enquêtes du commissaire Lewis.

Vous pourrez les lire indépendamment l'un de l'autre mais vous aurez une compréhension plus éclairée si vous avez lu le premier. Il faut savoir aussi que je ne suis qu'une humble lectrice de thrillers donc il est possible que je n'en saisisse pas toutes les nuances mais c'est toujours avec grand plaisir que je découvre ceux d'Angelo Casilli. Une plume dotée d'une tension narrative assez addictive. Manipulations psychologiques , fausses accusations, peurs bleues, excitation , adrénaline et suspens en sont la recette principale. L'auteur a également une approche très fine et travaillée de la psychologie humaine ainsi qu'une vivacité d'esprit assez surprenante. 

Mais revenons en à l'histoire

Une petite ville nommée Grâceville est le témoin de tueries en séries . Les victimes sont toutes des femmes . Elles sont étranglées et près d'elle toujours un mystérieux foulard , celui qui a servi à ces horreurs. "L'étrangleur aux foulards" comme le nommera la presse. Affaire énigmatique , les liens entre les meurtres ne s'expliquent pas malgré un mode opératoire identique ou presque..

C'est le commandant Leboeuf qui est aux commandes de l'affaire mais rien n'avance vraiment. Le tueur lui échappe de justesse , ultime frustration . Les crimes semblent s'arrêter mais ils vont reprendre de plus belle à Antalville , c'est alors que l'affaire sera confiée au commissaire Lewis connu et reconnu pour sa perspicacité et son flair imparable. 

Ce thriller se lit d'une traite, on a du mal à lâcher l'affaire, c'est bien le cas de le dire. On est dans le flou total assez longtemps . Pas mal d'événements ont lieu dont on connaitra l'enchaînement logique bien plus tard. En attendant les suppositions vont bon train , on est dans une spirale où les indices se distillent au compte gouttes et bien malin qui arrive à comprendre rapidement. Un vrai remue méninges.  Cette foule de situations peut étourdir parfois mais ne vous laissez pas impressionner !

Le résultat final est vraiment pas mal! 

La plume de l'auteur est toujours une conduite à risque et je me suis sentie au bord du siège pendant une poignée d'heures. 

J'avais quand même deviné l'identité du tueur un peu avant!

Quelle imagination renouvelée et toujours si ordonnée!

Je me suis dit que toute une vie ne me suffirait pas inventer ce genre d'histoire!

Bref, un moment de lecture en mode frisson, pression!

Je termine avec une citation choisie par l'auteur en tête de livre.

"La violence inassouvie cherche et finit toujours par trouver une victime de rechange"

René Girard









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