lundi 14 septembre 2020

 INTERVIEW D'AUTEUR

AURELIEN GRALL

POUR L'ENSEMBLE DE SON OEUVRE

SHUTDOWN  (2019)

LE TRONE DE CENDRE ( 2016)

ET

ALIENOR (2014)


"Il n'y  a pas de terreur dans un coup de fusil , seulement dans son anticipation."

Alfred Hitchcok


Les grandes causes, les grands combats doivent toujours être amenés avec humilité , discernement , intelligence et prudence .

C''est exactement là que se tient sa véritable crédibilité.

Supputer l'avenir avec le matériau fiable du passé et de ses réflexions.

En 2017, je découvre Aurelien Grall auteur de thrillers  d'anticipation. avec son second roman :

LE TRONE DE CENDRE

Intriguée alors par le haut potentiel imaginaire de l'auteur , sa faculté à nous entraîner dans un monde où les frontières du réel et du fictif floutent nos perceptions en nous conviant à la prise de conscience;la curiosité m'amène à à lire son premier roman :

ALIENOR

Puis le dernier paru l'an dernier:

SHUTDOWN


Fort de son style brut et impactant , ses messages sont de vraies régénérations intellectuelles.

Aurelien Grall dénonce, anticipe, expose de glaçantes réalités avec ses mots, ses analyses.

Ainsi, de ces lectures transformations , j'avais tout naturellement envie de le confronter à ses idées , à ses convictions.


Je le remercie de s'être patiemment rendu disponible pour répondre à toutes mes interrogations.


 Tu abordes des thèmes assez complexe bien que dans l'air du temps à savoir la politique?, l'écologie et par extension les injustices politico- sociétales.

Ils n'ont pas forcément grande presse dans le milieu littéraire .

C'est risqué...

Cette complexité justement à traiter ces sujets est-elle un challenge?


Les sujets politiques que je traite sont plus qu'un challenge, ils sont une nécessité.

J'ai toujours conçu la littérature et toutes les autres formes d'art, comme la forme la plus aboutie du combat des idées.

Quant à la complexité de ces sujets , la grande opportunité offerte par la littérature est de pouvoir prendre le temps de développer ces sujets, de permettre au lecteur non seulement d'en avoir connaissance mais aussi d'en explorer les tenants et les aboutissants .

La lecture est une forme d'éducation à mes yeux et cela me va très bien comme cela!


Optes tu pour ces thèmes car ils sont graves et actuels ou fondamentalement car ils sont tes sujets "passion"?

J'opte pour ces thèmes car ils sont pour moi d'une impérieuse nécessité.

Ce qui est passionnant dedans , c'est la puissance du texte que ce genre de texte peut dégager.

Il est capital pour moi de chambouler le lecteur à chacun de mes textes.

Ma mission est accomplie lorsque le roman est si intense qu'il le hante longtemps après l'avoir refermé.


As - tu l'impression de simplement exploiter des sujets vus et revus?

Je dirais que j'exploite des thématiques universelles à ma manière avec mon univers.

A la base , le sujet aura beau avoir été exploité par beaucoup d'auteurs par le passé . l'enjeu pour moi va être de donner du plaisir au lecteur .

Non pas tant pour le sujet en soi, mais par la manière dont je le traite.


Penses tu vraiment servir ces causes ?

Penses tu susciter de vraies réflexions à travers tes romans?

Oui, si j'ai bien une foi c'est celle là.

Je considère mon rôle d'auteur comme un rôle d'éducateur des masses .

Pour moi, je suis en mission 

Il est assez aisé de faire réfléchir le lecteur à condition d'avoir son temps et son attention.

Le support du roman est parfait pour lui passer des messages de façon assez franche et massive et massive pour l'ébranler dans ses retranchements les plus intimes.


Comment s'y prend-on pour écrire des textes différents dans un genre un peu écrasé par les normes posées en littérature?

Il faut voir les lois littéraires comme un cadre.

Force à chacun d'évoluer à l'intérieur de ce cadre .

De même que la musique connaît une infinité de morceaux basés sur les règles d'harmonie , la littérature permet une infinité de styles de nuances de fond , de forme , les horizons restent ouverts malgré ce cadre.


Comment s'arracher aux grands auteurs du genre ?

D'aileurs qui sont-ils pour toi?

Pour moi l'auteur le plus grand du genre est Tom Clancy dont les romans haletants à l'intrigue particulièrement réaliste ont inspiré tant d'adaptations , qu'il s'agisse de cinéma , de séries télévisées ou de jeux vidéo.

A la poursuite d'octobre rouge , la somme de toutes les peurs , Rainbow six, Splinter cell , Ghost recon ou encore Jack Ryan , npus lui devons tout un pan de notre culture populaire.

Pourtant , je vais plutôt chercher mon inspiration dans les grands génies classiques , comme Victor Hugo , Corneille ou encore Shakespeare.

Le vernis réaliste de mes oeuvres est plutôt basé sur les ouvrages documentaires

In fine, on va arriver à un résultat qui pourrait paraître proche d'un Tom Clancy mais pas tant que cela en y regardant de plus près.

Dans "Le trône de cendre" tu nous fais basculer dans la trappe infernale de l'excès de pouvoir euphorisant et malsain .

Par extension , tu chemines sur les rouages de l'âme  humaine .

Deux sujets que tu contrebalances avec brio ;

Qu'as tu souhaité démontrer à travers ces analyses?

Le sujet du pouvoir est certainement l'un des plus fascinants qui existe.

Toutes les sociétés humaines sont basées sur ces équilibres de pouvoir qui ont pour fondement la nature même de l'Humanité.

La violence ou la paix , le désir ou le dédain , l'amour ou la haine , la solidarité ou l'individualisme , tous les visages de cette humanité forgent le pouvoir par lequel on vit et on meurt.

Le pouvoir que certains appellent Dieu est l'essence .

Mais ce pouvoir n'est malheureusement pas compatible avec la faible nature humaine sur laquelle il est pourtant basé.

Cele donne, in fine, toutes les grandes tragédies de l'histoire et les plus belles pages artistiques.

Des dramaturges grecs aux grands écrivains du dix-neuvième siècle , tous exploitent de près ou de loin cette fascinante et abominable mécanique du pouvoir.

Le "Trône de cendre" était donc pour moi l'occasion de venir mettre ma patte sur un sujet fondamental , un classique parmi les classiques.

De quoi beaucoup s'amuser pour un auteur comme moi!


Les problèmes et injustices politico-sociétales sont le pilier de chacun de tes romans.

Quels pourraient être selon toi les fondations d'une société "réussie"?

Pour moi une société réussie ne serait pas parfaitement égalitaire mais une société dans laquelle le bonheur serait une possibilité accessible à tous, une société dans laquelle l'homme n'opprimerait pas son prochain , dans laquelle la sagesse et le bien du plus grand nombre passeraient devant les bas instincts égoistes des humains.

Finalement, cette société dont je rêve n'est pas si loin et pourtant la route est si longue, si longue...


Des grands hommes politiques que tu admires et qui t'influencent dans tes écrits?

Je peux estimer des hommes mais je n'admire personne car les grands hommes restent des hommes et participent donc pour moi au même visage hideux de l'humanité.

J'ai le tort d'être un peu trop terre à terre !

Néanmoins, j'ai relevé nombre de choses intéressantes chez Machiavel, Churchill, De Gaulle , Martin Luther King , Nelson Mandela ou Barak Obama.


Dans Shudown, ton dernier roman , l'écologie a la place d'honneur .

Une terre mutilée , surexploitée par le progrès humain et notre société consumériste .

Comment , selon toi , cette terre va t-elle survivre à l'emprise de l'homme mécanisé?

Quel scénario entrevois tu?

Cette terre est plus ancienne que nous et destinée à vivre plus longtemps que les hommes.

Nous ne sommes que les passagers d'un même bus entre deux arrêts.

Nous n'étions pas présents au départ , nous serons absents au terminus.

Entre ces deux points, charge à nous de ne pas ravager cette terre au point de nous éradiquer nous mêmes après d'innombrables années d'une souffrance croissante et inéluctable.


Au quotidien comment vis tu cette conviction?

J'ai fini par développer une mauvaise conscience au quotidien.

Je ne prends quasiment plus l'avion , je réserve la voiture pour les courts trajets , je n'achète quasiment rien et c'est toujours un crève coeur pour moi de jeter.

Bref, je vis avec la terre qui commente chacun de mes comportements .

C'est d'autant plus effrayant que j'entends trop souvent cette petite voix pour être irréprochable à ses yeux/.


L'écologie n'est elle pas un concept un peu utopique pillée par certaines urgences plus "humanitaires"?

Sauver 8 milliards d'êtres humains est en fait la plus grande des urgences humanitaires.

La surexploitation de la terre engendre tempêtes , sécheresses , famines , guerres et épidémies.

Citer l'apocalypse en prélude à Shutdown était malheureusement parfaitement logique.

Et en général, les premiers à souffrir du dérèglement climatique et de l'appauvrissement des terres sont les plus pauvres de la planète.

Les riches ont les moyens techniques et financiers de se tenir la tête hors de l'eau au prix d'enfoncer celles des plus fragiles quitte à les noyer.


Toujours dans Shutdown , une phrase retient mon attention entre autres.

"Il faut l'avouer à bien y penser la première plaie de cette terre c'était nous."

Un soupçon de misanthropie ou une extrême lucidité?

Pour être simple , je pense que la terre avant nous s'autorégulait parfaitement , pouvant encore tenir pour des millions d'années.

Et c'est là que nous sommes arrivés avec le stupide égocentrisme de nos sociétés modernes.

Aujourd'hui, nous nous retrouvons acculés à devoir faire l'effort inoui de corriger des siècles de productivisme à outrance en quelques dizaines d'années , sachant que même si nous y arrivons les choses ne seront plus jamais pareilles, la vie sur terre ne sera plus jamais aussi clémente pour les générations futures.

Heureusement , à une époque , il y avait de nombreuses populations nomades qui vivaient en harmonie avec la nature ?, ne lui prélevant que les ressources qu'elle était capable de renouveler.

Au nom du progrès, nous avons massacré ces peuples possédant les derniers restes de la sagesse environnementale .

A cette heure, nous retrouvons les bienfaits de notre philosophie .

Mais c'est trop tard.

Ils ont presque tous disparu.

Alors peut être que l'on me qualifiera de misanthrope mais j'estime que scier la branche sur laquelle on est assis au  nom d'un individualisme consumériste n'apportant rien d'autre que toujours plus de désirs et de frustration , c'est le problème .

Et aux dernières nouvelles ?, ce ne sont ni les pandas ni les éléphants qui se battent dans les supermarchés pour des consoles de jeu vidéo ou des robots à cuisiner.

Alors oui , le problème c'est nous.


Dans "Alienor" , ton premier roman tu nous fais pénétrer dans l'antre d'une académie très spéciale.

Des enfants que l'on "matrixe" , des êtres qui deviennent des matricules presque lobotomisés à des fins très sombres.

Crois tu ce scénario plausible dans un avenir proche ou lointain ?

Penses tu que ce procédé soit déjà en vigueur d'une certaine manière?

Ce qu'il faut savoir sur Alienor c'est que tout cela n'est pas inventé .

C'est un tissu de faits s'étant produits dans l'histoire .

C'est aussi pour cela que j'ai pu offrir un degré de réalisme troublant certains lecteurs.

Le cerveau humain enparticulier celui des enfants est particulièrement malléable .

Les régimes totalitaires ont toujours utilisés cette opportunité pour conditionner des légions d'enfants.

Par exemple, à la fin de la Seconde Guerre mondiale , les derniers soldats nazis étaient des enfants et leur rage guerrère aurait pu faire peur à leurs propres aînés.

Et cela ne doit ne doit surtout pas être relégué au rang des souvenirs.

Aujourd'hui, dans toutes les guerres les plus sales de la planète des enfants sont exploités , souvent drogués avant d'être envoyés au combat.

Toute notre technologie , nos smartphones , nos réseaux sociaux , tout cela ne gommera jamais le fait que la bête sommeille et sommeillera toujours en nous.

Protégeons nos enfants , protégeons leurs droits à l'enfance tant que nous le pouvons car leur innocence est sacrée.


Pour avoir lu tes trois romans , je constate une influence américaine assez appuyée .

Pourquoi?

Je suis comme toute ma génération , j'ai été bercé dans le terreau culturel américain.

Que ce soit dans les films , les jeux vidéos , la musique , les Etats Unis ont toujours été pour moi un environnement quotidien.

Et nous en parlions tout à l'heure avec Tom Clancy.

C'est donc logiquement qu'ils me fascinent par leur grandeur , par leur esprit de conquête au même tire qu'ils m' inquiètent avec leur surpuissance dictée par le progrès laissant beaucoup trop souvent de côté la raison.


Quelle vision as-tu de la politique de cette nation?

Concernant ma vision de la politique américaine , je la résumerais en deux mots:

grandeur et hypocrisie .

Grandeur, car j'ai toujours trouvé extraordinaires leurs idées , leurs discours qui sont un phare pour l'humanité , comme eux prennent d'ailleurs la France pour repère 

De Georges Washington à Barak Obama en passant par Abraham Lincoln que de beauté noircissant les livres d'histoires !

Le problème est que cette histoire est bien souvent partiale quand elle n'est pas tout simplement mensongère.

Derrière les belles idées , parjure , cupidité , corruption , trahison et manipulation.

Les Etats Unis sont la quintessence de la politique dans ce qu'elle a de plus magnifique et de plus  hideux. 


Penses tu qu'elle a des répercusions sur la nôtre?

  Je pense que dans le concert des nations nous resterons toujours dans l'hégémonie américaine.

De même que dans l'Antiquité nous vivions sous la haute influence de l'Empire Romain.

Entre les blocs russes et chinois ' Europe doit se trouver des alliés et pour moi l'Amérique reste le moins mauvais possible.

Même s'il est vital pour nous de défendre notre indépendance et de prendre la main sur le jeu mondial comme nous l'avons fait pendant des siècles au deuxième millénaire.


Parlons un peu écriture...

Lequel de tes romans considères tu comme le plus finalisé?


Pour moi, il s'agit du "trône de cendre" car il contient à la fois une structure narrative complexe et un héros à la profondeur d'âme insondable.

Tout ceci se jouant dans un grandiose théâtre aux enjeux planétaires et aux scènes épiques.

Pour moi, ce fût l'occasion d'écrire une sorte de tragédie antique projetée dans le monde d'aujourd'hui.

De quoi donner un certain nombre de frissons au lecteur!


Lequel a été le plus compliqué à écrire?

Je dirais que mon roman le plus compliqué à écrire ce fût "Alienor" car il s'agissait de mon premier ouvrage , je devais tout de suite faire mes preuves en tant qu'auteur.

C'est la raison pour laquelle j'ai mis dix ans à l'écrire.

Quelles difficultés rencontres tu à l'écriture de tes romans?

La plus grande difficulté quand j'écris est de lutter contre mon perfectionnisme forcené.

Je peux écrire dix, quinze , vingt fois le même passage pour atteindre exactement dans les mots ce que mon esprit me dicte.

Et cela occasionne beaucoup d'efforts et beaucoup de frustration car je dois me montrer d'une infinie patience alors que je ne rêve que de partager le texte avec le lecteur.

As tu des rituels d'écriture?

J'ai toujours la manie d'être plus prolixe quand j'écris dans le train , ça explique peut être ma forte consommation de billets de TGV (rires)


As tu déjà envisagé de basculer dans un autre genre?

A vrai dire , à bien y penser , je n'ai pour moi aucun genre , je n'écris que les histoires qui m'inspirent .

Souvent ce sont des thrillers politiques mais je serais susceptible de réécrire un mode d'emploi si l'inspiration me le dicte (rires)


Connais tu des périodes de sécheresse totale?

Rien à écrire , rien à dire ou as tu l'inspiration continue et prolixe?

L'inspiration chez moi n'est jamais un flot continu.

Parfois elle est là, parfois pas.

Je ne me mets pas la pression sur le sujet car un roman qui plus est roman indépendant ne se résume pas à de la pure création.

Je dirais même qu'à bien y penser entre organisation , correction et conception de couvertures , le travail créatif représente la part émergée de l'iceberg.

Même sans inspiration, il y a toujours de quoi travailler!


Te considères tu comme un écrivain engagé?

Bien sûr, je ne conçois pas qu'un écrivain puisse être autre chose qu'engagé .

Pour moi le coeur du travail de l'auteur est justement un travail politique.

Le rôle de l'auteur est de délivrer un message au monde.

D'ailleurs quelle place et quelle responsabilité a l'auteur actuel dans notre société?

Pour moi l'écrivain a toujours ce double rôle de divertir et d'éduquer.

Offrir du rêve et sensibiliser à des réalités parfois dures , voilà les deux jambes supportant un même marche, les deux piliers soutenant une vision plus haute de l'Humanité ( si tant est qu'elle puisse exister)

Un roman en gestation peut être?

Ca reste entre nous , mais je peux vous annoncer en exclusivité qu'il y aura un quatrième roman à paraître !

 

Vu la noirceur souvent très réaliste de tes romans , Aurélien Grall c'est plutôt ?

Un concentré de cynisme

De pessimisme ou d'optimisme malgré tout?

Je dirais qu'Aurélien Grall c'est la nuit avec au milieu une bougie allumée!


Aurélien merci de m'avoir accordé cette entrevue qui permettra à l'auteur discret que tu es de mieux faire connaître tes oeuvres et tes convictions.

Et belle continuation à toi !




















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