jeudi 10 juin 2021

 ROMAIN GARY

CLAIR DE FEMME

179 PAGES

EDITIONS FOLIO



Aucun amour est éternel, semble t-il, mais tout amour qui prolonge encore l'amour est une grâce posé sur les affres du temps.

Un gage d'éternité, une bénédiction devant ce qui nous échappe, l'immuable et le périssable.

Un autre amour qui tamiserait les peines et les angoisses , escorterait et éparpillerait celui que l'on a perdu à jamais.

Le poursuivre, y survivre , l'emporter loin  de cette évidente trajectoire ou tout finit inéluctablement.

Adoucir le chemin d'un miel éternel..

Faire soupirer les éclats de blessures ..

Un amour garde fou..

L'amour et la mort ont la même flamme surtout quand il s'agit d'une femme .

Comment revenir d'un amour absolu, pur, sans mélange?

Comment ne pas alors laisser le monde s'en aller devant sa mort?

Comment l'aimer encore plus fort dans l'absence?

Les forces les plus vives sont comme des traits de lumière dans les nuits les plus obscures.

Alors il faut distiller l'amour  dans un autre coeur , ne pas le laisser faiblir et s'éteindre.

Quelque part, un autre vit caché dans son silence et sa préciosité.

Ce qu'il faudrait , ne pas le rendre impotent , ne pas en faire un besoin conditionné ..

Mais la vie des sentiments est elle rejouable?

Faut il lui attribuer un sens différent, ne pas la nommer , réinventer les mots .

Faut il la détourner , la feindre même pour éprouver, consoler?

L'amour est il généreux et égoiste en même temps?

Doit il pour commencer se confondre avec l'éternel, l'intemporel?

La solitude nous empêche t'elle de discerner le vrai du faux?

Ou commence l'amour de l'autre, ou commence l'amour de soi?


Aimer à perdre la raison, aimer à n'en savoir que dire, à n'avoir que toi pour horizon..

Vous connaissez?


Cela faisait belle lurette que je n' avais pas lu Romain Gary.

Clair de femme est un des romans les plus bouleversants que j'ai lu..

L'histoire mêlé au style puissant de cet auteur est un coup de coeur exceptionnel.

L'amour dans sa plus belle entité.

L'amour au sens immense du terme.

Une approche surréaliste du sentiment , du couple , de ce qui les lie et les délie..


"Aimer est la seule richesse qui croît avec la prodigalité .

Plus on donne et plus i vous reste .

J'ai vécu d'une femme et je ne sais pas comment on peut vivre autrement"


Trois phrases qui à elles seules résument cette oeuvre magistrale.

Yannick et Michel c'est l'amour inconditionnel, intransigeant .

Mais Yannick est condamnée et elle fait le choix de partir seule.

Elle fait alors une étrange requête auprès de Michel..

Pour faire triompher leur amour, elle lui demande de trouver "la femme" qui perpétuera à jamais l'intensité de leur vécu.

Elle veut continuer à exister, à vibrer à travers "cette autre".

Michel entame alors la grande errance qui le mènera jusqu'à Lydia bousculée au coin d'une rue;

L'éclair est immédiat et fulgurant.

Elle aussi est en perdition, un accident a réduit son mari à l'état végétatif  lui a arraché sa fillette.

Deux naufragés sur la même île.

Une nuit sans fin sur Paris va alors abriter des ébats presque bestiaux ,  ils vont rebaptiser l'amour , l'entraide..

Un jeu incessant de non dits et de mots détournés , pour ne pas s'effrayer..

Une rencontre insolite sous les vapeurs d'alcool avec le personnage farfelu et ô combien attachant de senor Galba , le dresseur de caniches..

Puis la visite à Sonia , la belle mère de Lydia qui a récupéré son fils , Alain après l'accident.

Lydia retrouve avec Michel le sens du "possible", l'espace d'une nuit , tout peut redevenir possible..

Une rencontre porteuse d'espoir, Lydia sert aussi de prise de conscience pour Michel échoué dans le culte de l'amour qu'il voue à Yannick..

Jusqu'où ira Lydia dans cette balbutiante histoire d'amour où tout et rien ne se dit?

Que révèlera l'aube arrivée?


"On se défend comme on peut . Mais si un jour je cesse d'aimer , c'est que je n'aurais plus de poumons .Vous êtes là , il y a clair de femme et le malheur cesse d'être une qualité de vie .

Il est cinq heures du matin , c'est sans doute fini , il ne reste plus pierre sur pierre et cela veut dire seulement qu'il faut bâtir .

Après avoir été entièrement démoli , il arrive un moment où tout devient intact .

Je vous chante là , un hymne primitif et sauvage car il n'y a pas d'autre façon d'avoir vécu."


Une lecture forte et perturbante à la fois..

J'ai eu la sensation de décrocher parfois pour m'y agripper encore plus fort ensuite.

Un tour de survie , une chute vers l'amour absolu dont je ne suis toujours pas remontée..








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 ID Sousia est une artiste d'origine coréenne, diplômée de l'ENSA de Bourges. C'est en 2019 et en tant qu'autodidacte qu'...