vendredi 9 février 2024

 INTERVIEW D'AUTEUR

J'ai le plaisir de vous présenter aujourd'hui une interview un peu particulière puisqu'il l'auteure est une collègue. Marie-Line Fradet est une jeune infirmière passionnée et engagée. Depuis quelques jours, elle est aussi devenue une primo-romancière avec la parution de son roman autobiographique "Rester Debout"aux éditions Le Lys Bleu. 132 pages qui retracent jour après jour un chemin vers le résilience . Un livre à cœur ouvert . A cette occasion, je suis partie à sa rencontre lui poser quelques questions auxquelles elle a répondu avec sincérité et gentillesse.


Question incontournable, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis originaire de CLERMONT-FERRAND, comme tu peux le constater je n’ai pas bien bougé depuis puisque j’y suis toujours. J’ai passé quelques années à ROANNE mais Vercingétorix est dans mon cœur alors je suis revenue. J’ai obtenu mon bac scientifique en même temps que le concours d’entrée à l’école d’ infirmière de Vichy à l’âge de 17ans et j’ai le plaisir de travailler avec toi au  quotidien depuis 4ansbientôt. J’ai vécu presque 10ans avec le papa de mon petit Gabin avant qu’il ne décède dans un accident de moto.

J’ai un caractère bien trempé, je ne mâche pas mes mots. Mais je suis d’une nature plutôt très joyeuse (j’ai le sourire 98% temps), j’aime la vie, l’humour, les fringues, la musique, le cinéma, faire la fête et bien évidemment écrire. Je suis très sociable, spontanée et j’aime les Autres. Un peu trop parfois, on me reproche souvent de ne jamais penser à moi mais je suis comme cela et je ne suis pas sûre de vouloir changer sur ce point. Voilà comment je me décrirais, un exercice vraiment pas évident.

Tu viens de publier ton premier roman, un récit intime, une écriture cathartique. Comment un jour décide-t-on d’écrire son histoire ?

La peur de mourir. A l’annonce du cancer j’ai eu besoin d’écrire une lettre à mon fils pour lui raconter l’histoire de ses parents donc son histoire si jamais je venais a succombé à cette tumeur. Cette lettre s’est très vite transformée en plusieurs chapitres et quelques mois plus tard en roman. D’une part parce qu’il y avait beaucoup trop de sujets à aborder pour que cela soit condensé dans une lettre. Puis je me suis prise au jeu de l’écriture et c’est devenu une vraie thérapie. Je n’ai jamais eu de réelle passion dans la vie et je l’ai trouvé dans l’écriture. Enfin, je suis intimement convaincue que mon témoignage peut aider et quand je peux venir en aide je me sens toujours mieux. 

Le processus d’écriture est un double miroir, on écrit pour soi mais aussi pour les autres. Qu’elle a été l’urgence pour toi et pourquoi ?

L’urgence c’était moi, pour une fois c’était moi. J’étais extrêmement diminuée par la maladie et les traitements et il fallait que je trouve un moyen d’évacuer mes angoisses, mes peurs et mes peines pour retrouver le sourire et la force de me battre pour vivre, pour mon fils. Je passais mes journées à écrire au milieu des comprimés de chimiothérapie et les séances de radiothérapie. Lorsque j’écrivais, j’oubliais tout, je me sentais apaisée et plus le temps passait, plus j’étais combattive et plus je reprenais confiance en moi et en à la vie. Alors je me suis dit que si écrire me procurer toutes ces sensations, peut-être que de me lire provoquerait la même chose.

Écrire a été un déclic soudain ou avais-tu déjà cette envie en toi ?

Il est vrai que depuis toute petite j’avais envie d’écrire un roman un jour mais je n’ai jamais rien tenté. J’ai fait un bac scientifique et des études supérieure dans le domaine médical donc bien loin de la littérature. Mais j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à écrire mes dissertations de philosophie et mon mémoire de fin d’étude. Donc écrire aujourd’hui et finalement peu surprenant pour moi. Je vois plutôt cela comme un accomplissement de soi. Je m’autorise à avoir une passion et à me considérer en tant que femme en dehors de mon rôle de maman et celui d’infirmière.

Quand on écrit, on est face à soi-même, est-ce que ce roman a profondément changé la perception que tu avais de toi, de ton image ou de ta personnalité ? A-t-il été un vrai révélateur ?

Je ne dirais pas que ce roman m’a profondément changé mais oui il a été très révélateur. Je dirais que je suis toujours la même aujourd’hui mais il est vrai que j’ai beaucoup appris sur moi : mes croyances, ma vision de la vie et celle de la mort. Mes priorités sont différentes et les petits soucis du quotidien ne sont plus tellement des soucis. Je relativise énormément.


Quels messages veux tu transmettre à travers ce roman ? qu’attends-tu de ton lectorat ?

Nous traversons tous des épreuves tout au long de notre vie et nous pouvons tous nous en sortir en nous accrochant et en attendant que le temps passe parce qu’il est celui qui participe activement à notre guérison. Je veux aussi rappeler que nous ne sommes pas seuls dans ses moments-là, il y a toujours quelqu’un qui est là, pas loin pour nous soutenir et nous tenir pour éviter la chute. « Après la pluie, vient le beau temps ».

Ton livre a été publié via une maison d’éditions, comment as-tu vécu cette expérience inédite ?

En réalité, j’ai été très surprise que mon manuscrit soit retenu auprès d’une maison d’édition. Les choses été très claires dès le début quant à la conception du livre avec un contrat très complet et des explications nécessaires. Ils se sont occupés de tout avec mon accord à chaque étape. La publication a été très rapide, c’est très satisfaisant et en même temps un peu déroutant. Peut-être parce que c’est le premier ouvrage, que j’ai le tract et peur de décevoir le lectorat. C’est pourquoi je regrette un peu de n’avoir eu que des contacts par mail. Beaucoup moins chaleureux et ça dresse une barrière qui est peu rassurante.

Que ressent-on quand achève un roman et qu’il est enfin dans les mains des lecteurs ?

Je suis fière de moi, pour mon fils, d’être arrivée au bout de mon projet. Mais je crains toujours de décevoir. Alors je suis plutôt très angoissée à l’idée de ne pas plaire et que mon désir d’aider les autres n’aboutisse pas.

Qu’elles sont les difficultés principales rencontrées lors de l’écriture de « Rester Debout !» ?

Réussir à mettre des touches d’humour en plein milieu du chaos. C’était ma principale difficulté, arriver à faire rire alors que moi-même j’étais en larmes derrière mon écran. Les derniers chapitres ont été beaucoup plus dures que ceux du début. C’est lorsque j’ai compris que j’avançais dans mon processus de deuil et que je recommençais à vivre sans culpabilité ou presque, que l’écriture est devenue difficile. Je culpabilisais, de ne plus me sentir coupable et j’avais un peu honte de l’écrire.

Ton livre a-t-il subi d’importants changements depuis sa première écriture ? Si oui, pourquoi ?

En effet, il a subi quelques changements depuis le début. Il a changé plusieurs fois de titre avant de s'intituler « Rester Debout ! ». C’étaient des titres plus poétiques, moins percutants et pas assez à mon image. Il y eu des mouvements dans les chapitres aussi, là où je pensais écrire mon dernier chapitre, il s’est finalement retrouvé en plein milieu du livre. Le préambule a beaucoup changé aussi parce que je n’arrivais pas décrire ma vie d’avant le drame… qui me paraissait très banale et très ennuyante.


Tu exerces le métier d’infirmière qui nécessite d’avoir les pieds bien sur terre, est ce qu’écrire t’as ancrée davantage dans cette réalité ou est-ce qu’au contraire elle t’as permise d’avoir un peu la tête dans les nuages ?

Il est vrai que je suis plutôt cartésienne de nature et que je ne crois que ce qui s’explique. Avant j’aimais dire que je ne croyais en rien puis en écrivant, j’ai compris que ne croire en rien c’était finalement croire en quelque chose. Écrire m’aide énormément à ouvrir mon esprit sur ce qui ne s’explique pas et c’est une très bonne chose.


- Tu as vingt-neuf ans, tu es la maman d’un petit garçon et en l’espace de quelques mois, tu perds l’amour de ta vie, tu apprends que tu es atteinte d’un cancer. On se demande comment c’est possible de vivre temps d’épreuves en si peu de temps.

Quelles forces insoupçonnées se mettent en place dans ces moments-là ? 

L’amour maternelle a été ma première force, une force inépuisable, qui m’a aidé à me lever et à sourire un peu tous les jours. Ma deuxième force c’est le cancer. J’ai tant voulu mourir au décès de mon conjoint que l’annonce de la tumeur m’a fait un électrochoc. J’avais peur de mourir et j’ai compris que j’aimais la vie et que je n’étais pas prête pour partir maintenant alors je me bats.

Comment as-tu appris à vivre depuis ?

Je n’ai pas réappris à vivre, je continue ma vie sans lui … je laisse mes émotions sortir comme elles veulent, là où j’étais dans le contrôle permanent avant. Je m’occupe de mon fils du mieux possible, je me bats contre la maladie, je fais quelques projets et je laisse faire le temps.- « Rester Debout ! » est un appel à la vie, un rappel au temps qui habite et abrite tous les indices de réalisations de nos existences.

Les épreuves ont-elles complétement bouleversé ton lien à la vie ?

Non, je l’aime toujours autant et j’ai toujours envie de lui sourire et d’aspirer au bonheur mais il est vrai que tous mes projets se sont écroulés et mon échéance inconnue (comme nous tous) est devenue omniprésente. J’aime la vie autant que je la crains maintenant.

Penses-tu que l’épreuve peut-être une sacrée « chance » ?

Oui, j’en suis convaincue même. Ce sont les épreuves qui nous font grandir et qui nous aident à améliorer nos quotidiens et à tirer du positif même dans la noirceur la plus profonde.

On dit souvent qu’il n’y a pas de vrai bonheur sans vraie souffrance, qu’en penses-tu ?Oui et non. Le « vrai » bonheur ? Je ne sais pas tellement ce que c’est…Je pense que l’on peut se sentir heureux et ressentir pleinement le bonheur sans forcément avoir vécu de drame avant. En revanche, je pense qu’il est plus facile de l’atteindre après avoir vécu le chaos. Parce qu’il se trouve dans les petites choses de la vie : un café sur une terrasse fleuri … le vent dans les cheveux… les rayons du soleil… le sourire de son enfant etc. …

Aujourd’hui, comment organises-tu ta vie ?

Justement elle ne l’est plus vraiment et je crois que ça me plait ainsi. Je m’adapte et je jongle avec les symptômes de la maladie, les traitements et leurs effets indésirables, mon fils, mon travail, ma famille et j’essaie d’octroyer un peu de temps à la femme que je suis.

Et bien sûr est-ce que cette aventure vers l’écriture va se poursuivre ? As-tu déjà de futurs projets ?

Oui, j’aimerai beaucoup continuer à me livrer dans un deuxième roman mais d’une façon différente. Je me lance dans l’écriture d’un roman fictif dans lequel je retranscrirai un peu la suite de

« Rester debout ! ». Continuer mon journal intime en inventant la vie de personnages fictifs.







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