mercredi 14 avril 2021

 PATRICK MODIANO

LE CAFE DE LA JEUNESSE PERDUE

EDITIONS FOLIO

160 PAGES

ROMAN AUTOFICTIF


"Dans le café de la jeunesse perdue "est un court roman inspiré de l'existence de l'auteur, une traversée poétisée dans une sombre intimité autour d'une table , dans un café perdu..

Un peu le limier de sa propre vie..

"L'insaisissable des lettres françaises" a reçu en 2014 avec ce roman le Prix Nobel de littérature.

Un lieu posé sur les fondations du passé , un lieu figé et réanimé par le souvenir, une fresque en noir et blanc de lieux parisiens désertés des années cinquante et soixante.

A la croisée des temps , dans les aléas parfois ingrats du présent , des allées envoutantes et fantomatiques hantent de lumières nouvelles un temps disparu.

Un lieu secret , une nostalgie de je ne sais quoi, à la fois étrangère et familière , des passages furtifs , des visages brouillés et insaisissables , des identités détournées et réinventées ..

Des artistes, des étudiants, des écrivains , des regards perchés , des âmes égarées ravinées par l'infortune , un temps suspendu dans cette petite rue.

Là bas on aime l'impénétrabilité des choses , leur magie , leur mystère, on ne cherche ni à savoir ni à retenir , on se contente de vivre ailleurs et autrement dans un temps volé aux réalités.

Les images sont floutées d'étrangeté et bizarrement elles s'accrochent comme jamais à mon esprit embué .

Des fragments d'instants que je crois saisir et qui disparaissent instantanément en filaments dans le vent de l'inexistant.

Quelques heures fortunées à philosopher au son des rires et des verres qui tintent et s'entrechoquent dans le brouhaha brumeux d'un lieu où l'on croit être heureux.

Un café du passé , un café pressé , juste le temps de refaire le monde , dans une fumée blonde.

Un huis clos intime , une ligne de fuite 


Au Condé, il y a les privilégiés, les habitués comme Zacharias , Tarzan , Adamov, Mireille , Guy de Vere ou encore Bowing.

Bowing dit "Le Capitaine" qui décide un beau jour de consigner tout les passages des clients dans un cahier témoin , chaque venue, chaque nom, chaque jour et son heure exacte.

Comme pour pérenniser un temps déjà prêt à s'enfuir..

Aux frontières de tout , aux frontières de rien..

Un horizon perdu d'avance..

"Dans ce flot ininterrompu de femmes , d'hommes , d'enfants , de chiens qui passent et qui finissent par se perdre au long des rues , on aimerait retenir un visage de temps en temps.

Oui, selon Bowing il fallait au milieu du maelstrom des grandes villes trouver quelques points fixes.

Avant de partir?, il m'avait donné le cahier où sont répertoriés jour par jour , pendant trois ans , les clients du Condé."

Et puis , je ne vous ai pas dit , il y a Louki qui n'a pas toujours été Louki.

Un petit sobriquet inventé par les habitués pour la dévêtir d'un passé trop lourd à porter et à oublier.

Louki c'est Jacqueline Delanque ou Mme Choureau , l'amante de Roland et donc de l'auteur..

Elle prendra elle aussi la parole en fin de roman.

Elle racontera son enfance malheureuse et solitaire; la vie avec sa mère près du Moulin Rouge.

Ses fugues , ses paradis artificiels, son mariage éclair et raté , sa descente douce aux enfers.

Louki est celle par qui tout se construit et se déconstruit dans le roman.

Le kaléidoscope d'une personnalité.

Dans ce roman , vous y rencontrerez plusieurs narrateurs qui se perdent et nous perdent parfois dans les méandres de leurs récits.

Le premier sera Roland , l'auteur, enfance déchirée par la mort de son petit frère de neuf ans foudroyé par une leucémie, son décrochage des études , son histoire d'amour passionnée pour Louki.

Ses dérives , ses errances, cet endroit où il revient et ne reconnaît plus.

Un petit lieu parisien, au cachet de vie 

Une splendeur , des senteurs, des vapeurs douces , l'ardeur des auteurs sous ce ciel gris souris , dans la mélancolie d'un automne ou la moiteur d'un été.

Des passés qui s'imaginent comme dans un vieux roman dont on tourne chaque page élégamment.

Le présent se devine dans l'éclat stoique  de vies à l'abandon.

Serti de rien, le passé succombe en ombres qui pirouettent sur ce boulevard inanimé .

Faut il que l'on se souvienne?

De toutes ses peines?

Aux pieds de nos souvenirs, quelques airs distraits nous font encore rentrer dans la ronde des fronts blanchis par l'oubli..

"Il faudrait que je retrouve la liste des rues qui ne sont pas seulement des zones neutres mais des trous noirs dans Paris.

Ou plutôt des éclats de cette matière sombre dont il est question en astronomie , une matière qui rend tout visible et qui résisterait même aux ultraviolets , aux infrarouges et aux rayons x.

Oui, à la longue nous risquions d'être aspirés par la matière sombre."


Patrick Modiano nous livre dans ce roman une recherche du temps perdu , des halos de mystères à accepter, des plaies d'enfance à cicatriser ,la dose presque parfaite entre se souvenir et oublier.

Et moi , j'ai suivi les lumières et les pas vacillants de cet éternel retour ..




















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