dimanche 14 novembre 2021

 MAGGIE O'FARRELL

L'ETRANGE DISPARITION D'ESME LENNOX

EDITIONS 1O/18

240 PAGES



"La seule différence entre un fou rire et un rire fou, c'est la camisole."

Pierre Doris

Quand l'intelligence, la différence où la foudroyante lucidité deviennent des fractions de folie, entérinées par les poisons mondains que sont les conventions.

La folie des autres, la folie des nôtres, la peur tétanisante  de la déconvenance où chaque pensée spontanée ou obscure opprime une vie défiante , immobile et sans somptuosité ni impertinence .

Des préjugés en guise de grelots de liberté , une erreur tournée en épi de folie, un élan contre les codes établis. La folie, ce concept indéterminé de sens et exempt de définition. Humaine, subjective , involontaire , créatrice ou visionnaire, tout reste encore à élucider.

Je vous raconte aujourd'hui l'histoire d'une vie emmurée, volée , une incursion dans une folie présumée/

Maggie O' Farrell est une écrivaine et journaliste irlandaise . Ses oeuvres mettent l'accent sur la psychologie des personnages . Elle avoue avoir été très influencée par Charlotte Bronte, Albert Camus et Virginia Woolf. C'est donc, pour moi, le premier roman de cette auteure que je découvre.

Un roman glaçant, édifiant, remarquable, un vrai talent britannique.

L'HISTOIRE

A la suite d'un drame familial, la famille Lennox , installée en Inde , s'exile en Ecosse. Esme et Kitty sont deux jeunes soeurs que tout oppose . Kitty est dans le moule de la culture victorienne, respectueuse de ses exigences et de ses diktats. Un modèle qui finira par la détruire..

Esme , elle, se distingue en tout et pour tout. Farouchement éprise de liberté et de vie, déjà féministe sans le savoir, elle va provoquer cette société, cette éducation qu'elles dénoncent un peu de façon innocente , il faut bien le reconnaître. Et puis un jour, elle commet l'impensable, l'irréparable. Pour éviter l'opprobre , sa famille va alors prendre une décision irrévocable et terrible.

C'est ainsi , qu'à l'âge de seize ans, Esme disparaît du paysage. Elle sera enfermée à Cauldstone , un asile psychiatrique d'où elle ne ressortira que soixante ans plus tard lors de sa fermeture.

C'est Iris , sa petite nièce qui viendra chercher cette grande tante qui jusque là fût une parfaite étrangère. A cet instant, tout est déclenché et plus rien ne cessera jamais .. 

L'arbre de la vie et des souvenirs déroulent ses vieilles branches et ploient sous le poids des vérités oubliées et bafouées.  Les lourdes  portes de l'oubli sont grandes ouvertes et la mémoire dessine le chemin des réminiscences qui s'interprètent au présent..


Un roman stupéfiant, triste à mourir empreint de contrastes avec des pointes de légèreté et d'élégance.

La condition féminine de ce début de dix-neuvième siècle , ses corollaires, sont retranscrites avec beaucoup de justesse et de subtilité. La plume est sans fioritures, sans démonstrations flagrantes mais pourtant une certaine émotion s'en dégage. Le personnage d'Esme est bluffant , une psychologie à multiples facettes qui nous donnent tantôt l'impression d'en être proche , tantôt l'impression qu'elle nous fuit , insaisissable. Il faut savoir que ce roman est à plusieurs voies, des monologues intérieurs qui peuvent dérouter car ils ne sont pas dans un ordre chronologique précis. On virevolte d'une époque à l'autre et d'une personne à l'autre sans transition et sans répit. 

C'est un peu déstabilisant au début puis on s'y habitue .

Une fin dont je ne vous dirais rien, mais d'une grande subtilité, surprenante..

La folie et la sagesse se côtoient intimement , pour finalement , fusionner en destinées identiques.

Des secrets de famille, des révélations ,une atmosphère pesante mais addictive.

Tout le charme de la littérature britannique ..

PASSAGE

Les deux infirmières ont passé chacune un bras sous les siens et la traînent à l'étage inférieur , le long d'un couloir. Ses talons râclent le sol. Elles la maintiennent avec une telle force qu'elle ne peut pas bouger. L'hôpital lui fait d'un film projeté à l'envers . Esme voit un plafond haut , une série de lampes , des rangées de lits , des formes humaines tassées sous les couvertures. Elle entend tousser, gémir , quelqu'un parle tout seul , quelque part. Lorsqu'elle tourne la tête vers la fenêtre , Esme voit des barreaux qui montent et qui descendent. 

Oh mon Dieu , lâche t-elle ..










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